La mémoire incertaine

- un journal pour ne pas oublier -

mardi 24 novembre 2009

Un sourire entre les larmes

Il parle de déménager, de vendre la grande maison devenue silencieuse depuis le départ des enfants, de s’installer juste à côté, dans un petit pavillon en rez de jardin, moins spacieux, moins compliqué à entretenir, avec un potager à la mesure de nos corps vieillissants…. Il est rationnel et moi sentimentale. Alors je pleure. Sur le temps qui retire au fil des jours ce qui nous était accordé, sur la maladie qui oblitère mon futur et complique le sien, sur les amitiés qui s’effilochent sans rien dire, sur madame Olga qui ne travaillera plus, sur les enfants dont la jeunesse se consume à attendre un hypothétique bonheur, sur l’énergie qui lentement me fuit… Je pleure et mon inconsolable chagrin éclabousse notre quotidien. Je sais qu’il a raison, qu’il est temps de prendre les dispositions les plus sages, dans le calme, qu’il nous faut préparer demain. 


Dimanche nous sommes allés au théâtre écouter Claude Rich dans « le Diable Rouge ». Magistral ! C’est une pièce qui a eu un immense succès à Paris, qui a reçu des Molière, a été plusieurs fois distinguée, et qui tourne maintenant en province. Le texte est un petit bijou qui mérite d’être lu et relu dans le calme. Quant aux acteurs, ils sont tout simplement fabuleux, exceptionnels. Nous étions au deuxième rang, tout au centre, et nous pouvions distinguer chacune de leurs expressions, les frémissements de leurs mains, et même les larmes qui ruisselaient tout naturellement sur leurs joues. On sentait leur bonheur d’être sur scène, de jouer, d’être leur personnage. Claude Rich, que je n’avais jamais vu sur les planches est vraiment un acteur magnifique. Le public ne s’y est pas trompé, qui lui a réservé une « standing ovation » et d’interminables applaudissements.


Au retour, nous avons traversé Toulouse, préférant les petites rues aux larges avenues, nous plongeant dans l’ambiance étudiante du soir, savourant l’étonnante douceur d’un dimanche partagé entre sourire et larmes.

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mardi 17 novembre 2009

Camouflage

Je lis souvent de jolies choses sur les blogs, des choses qui me font réfléchir, qui me bousculent aussi parfois. Des paroles qui n’ont l’air de rien et qui pourtant trahissent leur auteur tout autant qu’elles m’interrogent.


Souvent il s’agit de trois fois rien, une petite phrase inconsidérément lancée dans le flot bouillonnant, une petite phrase qui révèle au lecteur attentif une réalité bien différente de celle que l’on voudrait faire partager. Je suis toujours émue par ces dons de soi inconscients, ces traits involontaires jaillis des profondeurs. Inutile de se leurrer, l’écriture un jour ou l’autre livre son pesant de vérité.

Alors je me demande. Suis-je assez vraie sur ce blog ? N’ai-je pas tendance moi aussi à embellir mes jours, à patiner mon image pour en arrondir les angles trop saillants ? Cette femme-là est-elle moi ou un simple reflet retravaillé pour me plaire ? Pour vous plaire ?


Si je remonte le temps jusqu’à mes premiers textes, je constate que rien n’est inventé des petites histoires qui émaillent mon existence. Je retrouve bien tel ou tel élément amusant, douloureux, la trace de ce diner, et ce repas d’anniversaire..  Tout cela a réellement eu lieu. Pourtant, au moment où j’étais dans l’histoire, ce que je ressentais n’était pas exactement ce que j’écrivais quelques heures plus tard. Ma pensée était venue tout fausser, expliquer, interpréter, justifier. Et forcément redessiner.

Et puis il y a les non-dits, silences protecteurs de mes fragilités, les mal-dits, suffisamment flous pour que chaque lecteur imagine, souvent bien loin d’une vérité dont il n’a pas la clé…. Tant de petits arrangements qui me troublent, me gênent, m’amusent aussi parfois.

Et si à écrire ainsi je me bernais moi-même, me racontant l’histoire que j’aimerais entendre, confondant naturel et maquillage, authenticité et ressentis frelatés ? Bien sûr, tout cela est marginal ; ce que je livre de moi sur ces pages, c’est vraiment moi. Ou plutôt c’est aussi moi, mais ce n’est pas tout moi. Et ça m’ennuie un peu, quelquefois.

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lundi 16 novembre 2009

Désordres secrets

J'éprouve toujours le besoin irrésistible de me dépenser, de brûler mon énergie coutumière, de fatiguer mon corps pour apaiser mon cerveau survolté par le traitement. Trois fois par semaine je m'oblige à deux heures de marche rapide, mais cela ne me suffit pas vraiment. Désormais tous les prétextes sont bons pour lacer mes chaussures de marche et filer au coin de la rue... ou beaucoup plus loin. Sous le regard inquiet et vigilant de mon mari qui me demande à chaque fois si je n'ai pas oublié mon téléphone portable, mes papiers d'identité, la liste de mes étapes. Je ne ressens pas le besoin de tout ce petit matériel, mais pour le rassurer (et parce que je sais d'expérience qu'une "absence" peut se déclarer à tout moment), je sacrifie de bon cœur à ce rituel bien rodé.

Ainsi donc, en ce début d'après-midi ensoleillé, je marchais d'un pas alerte vers la poste locale pour y faire timbrer quelques courriers. Il faisait chaud, très chaud même et je ne portais qu'un petit pull sur mon jeans. J'avais ressorti mes lunettes de soleil  et tout en marchant je réfléchissais aux travaux à entreprendre dans le jardin. Rien de bien passionnant en somme. Et puis, en contournant le collège pour rejoindre la route principale, mon regard a été attiré par les gestes vigoureux d'une employée nettoyant à grande eau le sol de la cuisine. Bottes et tablier blancs, chemise à rayures bleues, je l'entendais siffloter en agitant balai et seaux d'eau. Et subitement j'ai été saisie d'une angoisse indicible, le sentiment que désormais j'étais hors du jeu, que la vie était là, continuait sans moi... J'aurais donné n'importe quoi pour être cette femme de ménage et laver le sol d'une cuisine de collège à deux heures de l'après-midi. Je sentais ma gorge se nouer, des larmes rouler sur mes joues. Je crois que je n'avais pas encore pris conscience, pas vraiment pris conscience...

Il est certain que cette femme ne saura jamais l'impact qu'a eu sur moi cette rencontre. Elle n'imagine pas que j'ai dû m'asseoir sur un banc du square, comme une petite vieille, pour laisser se calmer les battements désordonnés de mon cœur, essuyer mes larmes avec mes doigts (le mouchoir ne figurait pas dans la check-list !) et retrouver un semblant de calme. Avant de poursuivre mon périple, le moral dans les chaussettes.

Au retour j'allais raconter l'épisode à mon mari. En l'édulcorant largement sans doute. Je voulais partager avec lui mes interrogations sur ce sentiment d'inutilité, de gâchis, d'exclusion... Je n'en ai pas eu le temps. Parce qu'il m'attendait de pied ferme, les clefs de la voiture à la main. Vite, vite. Aller choisir la nouvelle boîte à image, toute plate et toute légère, rien à voir avec sa grand-mère défunte.  Vite, vite ! Dépêche toi ! Vite, vite !

Ainsi va ma vie.

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dimanche 15 novembre 2009

La bonne résolution

Pas de message ce matin. Juste la réponse tardive à tous vos gentils commentaires. Et le ferme et sincère engagement de ne plus être si négligente à l'avenir. Surtout ne prenez pas mon silence pour de l'indifférence. Je vous lis chaque matin avec toujours le même plaisir; je suis heureuse de faire de nouvelles rencontres, émue par votre fidélité à mes petites phrases. Je ne vous connais pas, mais d'une certaine manière vous faites partie de ma vie. Merci du fond du cœur de votre présence qui est pour moi certains jours bien plus importante que vous ne l'imaginez.
Que cette journée vous soit douce. Je vous embrasse.

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samedi 14 novembre 2009

Intoxication

C'est arrivé hier soir. Subitement. A la fin du match de rugby (oui, je sais, ce n'est pas un sport très féminin, mais j'adooooore). C'est arrivé alors que l'équipe de France victorieuse faisait le tour du terrain. C'est arrivé en trois secondes chrono. Une image qui se replie, se laisse aspirer par le centre de l'écran. Et pff! !Plus rien. Juste une diode qui clignote et une irritante odeur de produits chimiques qui nous a obligé à isoler la moribonde dans la véranda et à ventiler toute la maison pour le plus grand bonheur de Miss Minette qui n'en revenait pas de pouvoir entrer et sortir librement à une heure aussi tardive.

Personnellement, je ne suis pas sûre que je rachèterais de sitôt une nouvelle boîte à bêtises. Je la regarde trop peu pour que ce soit un investissement vraiment rentable; les discours convenus qu'on nous assène à longueur d'années m'irritent plus qu'ils ne me passionnent, les téléfilms souvent m'ennuient et je n'ai pas le goût de revoir sur petit écran les films que j'ai vus précédemment en salle.... Et puis la perspective de soirées sans sollicitations extérieures m'enchante. Si je ne me retenais pas, par décence et respect envers la morte, je sauterais de joie.

Seulement voilà, mon mari est un accro d'Arte, un drogué de la cinquième chaine et de ses programmes culturels, de ses débats jusqu'à pas d'heure et de ses films pour initiés.  Je ne parviens même pas à imaginer qu'il survive à une maison sans télé. La question que je me pose désormais, c'est plutôt: combien de jours tiendra-t'il avant de me suggérer de rendre visite à notre magasin préféré ? Sans grand risque de me tromper, je dirais quarante huit heures (le magasin est fermé le dimanche!!!). Les paris sont ouverts, mais je suis sûre de gagner.

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vendredi 13 novembre 2009

Insomnie

Mal supporter les médicaments. Certains jours. Essayer d'oublier la torture permanente qui vrille les tempes comme une vis sans fin. Ne faire cas ni de l'estomac chancelant, ni des muscles douloureux, ni même du cœur vacillant qui bat par salves irrégulières et trop puissantes. Oublier la date et l'heure. Tenter de se projeter vers demain. Faire appel de toutes ses forces aux ressources de l'imaginaire, buter sur la violence du cahot intérieur. Soudain vivre dans son corps l'apaisement d'une image.  Histoire ancienne. Rêver de s'endormir et s'endormir enfin, épuisée...

Retrouver du fond d'un sommeil trop fragile, le fantôme qui hante mon histoire, ombre douce qui me prend  par la main, me tire lentement dans son cercle, d'un mouvement chaud et accueillant. Puis me rejette brutalement avec un grand cri de douleur. Réveil et déchirure. Froid d'une béance que mon bonheur quotidien rend plus insupportable encore. L'amnésie ne touche pas encore mes centres vitaux. Et je sais bien qu'il me faudra perdre mon identité pour oublier cette souffrance là, ma force depuis tant d'années.

A l'heure des bilans, comprendre que vivre c'est aussi porter en soi le chagrin des déchirements. Poursuivre sa route, un pied devant l'autre, le plus droit possible. Sans rien regretter, sans rien oublier, sans rien sous-estimer de ce qui fut. Il est des moments de grâce qui donnent à notre vie toute sa densité. Des moments dont l'importance sur l'instant nous échappe. Des moments qui deviennent le socle sur lequel se bâtit à notre insu la trame de nos jours.

Cette force là, nulle maladie ne pourra jamais me la ravir.

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mercredi 11 novembre 2009

Opération "séduction"

Notre voisine drague mon mari. Au tout début, il y a quelques mois, je pensais que je me faisais des idées. Je me disais que la maladie altérait mon jugement, que je me racontais des histoires à partir de trois fois rien... Mais non, je ne me trompais pas. Notre voisine se lance dans une grande opération de charme dès que j'ai le dos tourné ! Je n'en reviens pas. Pas plus tard que le week-end dernier, pendant mes journées de formation, et alors même que le "pauvre homme abandonné" clamait partout sa détresse, elle est venue adoucir sa solitude,  lui demandant de l'aide pour couper des branchages ou ouvrir un robinet coincé... Elle lui a emprunté du matériel horticole et lui a prêté sa scie électrique. Et lui, tout guilleret, à pris plaisir à me raconter chaque soir les temps forts de sa journée, sans omettre les visite de Marilyn, l'aide apportée à Marilyn, l'échange d'outils avec Marilyn. Bon, bon.

Il y a quelques temps déjà que Marilyn se fait très présente dans notre environnement quotidien. Très, trop ?  La frontière est pour le moins mal définie. Il faut dire qu'elle a été licenciée par son entreprise le mois où de son côté mon mari prenait sa retraite. Réduction d'effectifs et coup de grisou.  Deux voisins libres de leurs journées, vivant des déchirements presque semblables, dans deux maisons presque mitoyennes... Avec l'été, les va-et-vient incessants de la famille et des amis, puis nos vacances pyrénéennes, Marilyn n'a eu que peu d'occasions de capter l'attention de l'homme (encore que...). L'automne est arrivé, les soirées se sont faites plus douces, plus longues aussi. C'était le moment où je n'allais pas très bien; et puis je travaillais beaucoup... Alors, comme nos jardins à l'arrière des maisons ne sont séparés que par un mince grillage, que la clémence des journées d'arrière saison permettait de profiter de la beauté du ciel jusqu'à la nuit tombée, de hamac à hamac (j'exagère à peine), Marilyn et mon mari ont passé leurs après-midi à se raconter mille choses, à s'échanger des bouquins, des idées, à faire véritablement connaissance.

Cette drague éhontée (si, si) et peut-être réciproque (on n'est pas des anges) a eu sur mon mari l'effet d'un sérum de jouvence. Je craignais qu'il n'ait le blues du jeune retraité. Eh bien, pas du tout. Soigné de sa personne, rasé et parfumé de frais, je retrouvais chaque soir un mari en pleine forme, quand je doutais tellement de moi-même et de mon avenir...

Les pluies sont arrivées (ma présence aussi), leur complicité s'est désormais faite plus discrète. Mais que je m'absente quelques jours, et Marilyn de nouveau apparaît dans le paysage. 

Je regarde avec un intérêt tranquille l'évolution de cette histoire. Je n'ai jamais été d'un naturel jaloux, pas assez sans doute. J'ai toujours pensé que personne n'appartient à personne et que la liberté est essentielle à l'amour. Et puis trente cinq ans de vie commune, ce n'est pas toujours de la navigation en eau calme. Lui et moi, nous avons traversé quelques tempêtes, ramé parfois à contre courant, résisté (du moins moi) à un torrent dévastateur; nous avons quitté (du moins lui) quelques îles  enchanteresses pour naviguer encore de concert. Tant de tentations sur le parcours. Pourtant nous sommes  toujours là, unis par un amour qui a surmonté les obstacles et terrassé ses vrais démons. Heureux d'être ensemble  et pas seulement côte à côte. Joyeux de nous regarder dans les yeux, de nous prendre la main et le cœur, de nous serrer à nous faire mal, de nous aimer, tout simplement. Et puis, si cette histoire me fait tendrement sourire, c'est sans doute aussi  parce que j'aime beaucoup l'idée d'être la compagne d'un homme qui plaît toujours aux femmes !

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automne au jardin

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mardi 10 novembre 2009

Sophrologie

L'automne s'est invité brutalement. Sans que j'y prenne garde. Le vent et la pluie ont bousculé le jardin, freinant mon bricoleur préféré dans son élan et repoussant à plus tard l'installation de cette petite fontaine dont j'aurai grand besoin au printemps...

Autant l'arrivée des beaux jours est pour moi difficile, me renvoyant sans cesse à des fragments douloureux de mon histoire, autant l'entrée dans la saison froide est chaque année un moment délicieux. Comme des retrouvailles avec moi-même. Et ma débutante formation de sophrologue ne fait qu'accentuer ce sentiment de bien-être. Je découvre un peu plus, à chaque étape, la femme que je suis. Avec beaucoup d'émotion. Moi qui ai passé ma vie dans le besoin de bien faire, d'être aimée des autres, de me conformer en tous points à un diktat imaginaire, sans vraiment m'écouter ou m'occuper de moi autrement que dans l'apparence ou la contrainte, je prends véritablement conscience de mon corps et de mon unité. Je perçois tout au fond de moi la chaleur de ce petit caillou lumineux, dense et palpitant  pour lequel j'éprouve une tendresse si nouvelle qu'elle me donne les larmes aux yeux.

Je vis dans notre groupe d'étudiants des moments d'échange très forts. Le lâcher-prise de chacun est porté par l'ensemble, la parole est écoutée, pas seulement entendue. Je suis stupéfaite de constater la puissance de l'alliance qui nous unit. Pourtant nous avons des vies et des âges différents, nous venons des quatre coins du sud et nous ne nous rencontrons pas en dehors des stages. Mais ce qui nous réunit est bien plus fort que nos différences. D'ailleurs les deux "canards boiteux" des premiers jours ont quitté la formation...

J'écris beaucoup sur ces mouvements qui m'habitent, sur cette femme qui est fondamentalement la même mais qui se regarde avec un œil tout neuf, plus aimant, plus tolérant aussi. Et c'est comme si ce changement de point de vue influait sur ma perception des autres, sur ma capacité de compréhension. C'est un sentiment délicieux dont je n'ai pas encore fait le tour, mais qui me devient de plus en plus familier. Pourquoi ai-je attendu si longtemps avant d'oser me lancer dans cette formation ? Et dire qu'au retour de vacances j'ai failli annuler mon inscription tant je me trouvais mal en point !

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juste avant la pluie

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jeudi 5 novembre 2009

Les joies de la vie domestique

Compte rendu, partiel (et partial) de ma première semaine loin de l'Usine. Dans l'ordre chronologique et sans tenir compte de  l'importance relative des évènements, on trouve:

- une voiture qui refuse obstinément de démarrer,
- une fille qui s'est fracturé un petit os du pied,
- un sèche-linge qui ne souffle désormais que l'air frais
- une coupe de cheveux parfaitement ratée,
- une bouteille de lait tourné et un gratin à bazarder,
- mon plus beau vase préféré cassé.

Pour couronner le tout, Madame Olga (baptisée depuis fort longtemps "Miss Plumeau"), la gentille dame qui fait (de plus en plus difficilement) le ménage et le repassage hebdomadaire, s'est foulé une cheville, ce qui l'immobilise pour un certain temps, peut-être même un temps certain.

Demain, je pars en formation pendant quatre jours. Au grand dam de mon mari qui supporte mal mes absences dominicales et le fait savoir sans détour à toutes les oreilles compatissantes (et il en rencontre beaucoup!).

Moi qui imaginais que cessation d'activité rimait avec douceur du temps retrouvé...

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mardi 3 novembre 2009

Nouvelle vie, nouveau blog ?

Je songe à fermer ce blog. J'hésite à dévoiler ma nouvelle vie, à raconter mes découvertes de toute jeune "retraitée", mes doutes et mes joies excessives. J'ai peur d'être trop brutale ou trop artificielle, de ne pas parvenir à trouver la bonne distance. Et puis, difficile d'évoquer, même à mots voilés,  mes enfants, mon mari, ma famille. Pourtant mes craintes, mes angoisses et mes bonheurs ne dépendent souvent que d'eux. Difficile de partager des émotions personnelles. Ou alors prendre le risque de n'être pas comprise....

Tenir un blog n'est pas chose facile. Celui-ci m'a accompagnée pendant plusieurs mois, alors que je traversais une période de turbulences parfois douloureuses. Une nouvelle étape commence. J'aspire à plus de légèreté, plus de recul aussi. Incertaine va céder sa place à Irène. Et Irène, qui est une fille fondamentalement joyeuse et optimiste, rêve d'un blog aux couleurs du bonheur. Un blog qui lui ressemble.

Hier, j'avais rendez-vous avec mon médecin pour un bilan après les catastrophiques essais thérapeutiques de septembre. Tout est rentré dans l'ordre. Il semble même que la maladie marque un palier depuis plusieurs mois. Je crois que le traitement de fond que je prends régulièrement y est pour quelque chose. Je croise les doigts...

Côté études, tout va très bien. Je me demande si le fait d'avoir pas mal d'années de vol au compteur n'est pas un plus dans ce genre de formation. La moyenne d'âge du groupe frôle ou dépasse de peu les quarante ans. L'ambiance est globalement très sympathique. Bien sûr, il y a comme partout deux ou trois canards boiteux dont les motivations sont approximatives, mais la plupart des "étudiants" sont extrêmement consciencieux. Beaucoup viennent de loin et dorment à l'hôtel pendant les sessions. Accepter de résoudre les problèmes d'intendance, de garde d'enfants, et d'organisation familiale, une à deux fois par mois pendant deux ans, démontre à l'évidence leur motivation.

Parallèlement à cette formation, qui est pour l'instant le seul point stable de ma nouvelle vie, je reflechis à une organisation constructive de mes semaines. Pas question de m'encroûter dans un fauteuil. Encore moins devant la télé. Les projets se bousculent dans ma tête et j'en arrive à regretter que les journées ne fassent que 24 heures. C'est un comble !!!

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lundi 2 novembre 2009

Voilà, c'est fini...

La page s'est définitivement tournée vendredi soir. Et même si j'ai promis de jouer la formatrice bénévole pour Jess et le comptable nouvellement recrutés, une demi journée par semaine jusqu'à la fin de l'année, je ne sens plus la moindre pression professionnelle peser sur mes épaules. Je dois dire que c'est une sensation très surprenante, pas encore agréable, mais ça viendra....

Samedi, j'ai fêté mon anniversaire. Les filles avaient préparé un sublime gâteau  "gothic" aux carottes, et mari chéri m'a offert un joli rubis pour marquer (enfin!!!) nos trente cinq années de mariage. Et puis j'ai pris (en mon for intérieur) une foule de grandes résolutions; j'ai croisé les doigts, fait des vœux, appelé à la rescousse toutes les sorcières d'Halloween (les gentilles seulement, bien sûr). Je me suis promis de prendre le temps de m'occuper enfin de moi. Et accessoirement de devenir la femme parfaite... de mes rêves !

Pour commencer j'ai plongé dans le nouveau livre de Dominique Loreau : "L'art des listes". C'était exactement le livre qu'il me fallait lire à ce moment précis. Tout y est: ce que je fais déjà dans le désordre, et ce que je rêve de mettre en place. Simplifier ma vie et en même temps apprendre à mieux me connaitre. Un joli programme !

Dimanche, visite à mes "chers disparus". Il ya une quinzaine de jours j'avais déjà briqué les marbres et rafraichi les bouquets de fleurs (je suis adepte du minimalisme funéraire, seulement je ne suis pas seule à décider...). Hier, avec les filles, ma sœur, ma tante et une amie, nous sommes allées presque en promenade jusqu'aux cimetières. L'air était doux et le soleil encore chaud. Un délicieux parfum d'arrière saison. Un moment d'échanges comme je les aime, tricotage à mi-voix du passé, souvenirs qui reprennent des couleurs, transmission aux jeunettes de cette histoire si lourde et si légère pourtant...

J'ai passé quatre fois plus de temps en France que dans le pays de ma naissance, pourtant mes racines sont là-bas. Indéfectiblement. Je sais bien que le temps accomplit son lent travail inexorable, recouvrant  de brouillard les images de mon enfance et transformant en archives des pans entiers de ma vie. Plus jamais je ne sentirai le parfum des orangers en hiver ni le souffle du vent dans les eucalyptus. Plus jamais.. Mais résolument, je resterai une fille du sud, l'enfant de cette bande de terre rose où les palmiers se marient à la mer, où les femmes ont les yeux sombres et le cheveu voilé, ce pays bienheureux où le sourire protège des morsures de la vie...

En point d'orgue à ce week-end un peu exceptionnel, cinéma du dimanche soir. J'ai passé deux heures entre nuage et nostalgie. Il y a quelque chose d'irréel dans l'élégance du danseur, dans sa parole au phrasé étonnant, dans sa jeunesse éternelle et son évidente gentillesse, ses "God bless you" et ses "I love you"...  Si quelqu'un pouvait inscrire la sculpture de soi en exergue à sa vie, ce serait sûrement lui., Michaël. L'artiste est hors du commun, mais l'homme me parait encore plus fascinant.

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mardi 27 octobre 2009

Lyon - épisode 2

Mon mari a gardé beaucoup d'amis à Lyon. Des amis de jeunesse avec lesquels il a grandi, mais dont il peine à imaginer qu'ils aient pu changer avec les années. Ainsi son inséparable copain de lycée, Jo pour les intimes, chez qui nous étions invités à déjeuner dimanche. Jo représente pour moi le prototype du parfait bof, ne parlant que fric, voitures et vacances, lançant par à-coups la conversation sur des chemins périlleux, voire graveleux, et exhibant tel un trophée sa récente conquête, une jeune hollandaise qui pourrait être sa petite-fille. Proprement insupportable.

En épouse bien élevée, je fais bonne figure, participe gaiement à la conversation, tente d'échanger quelques mots avec la jeune femme. Peine perdue. Elle ne comprend pas le français, ne parle pas anglais, ni allemand (moi non plus mais mon mari oui), encore moins espagnol ou italien. Sa connaissance des langues se limite à sa langue maternelle et à quelques rudiments de Luxembourgeois . Étonnée, je demande à Jo comment il parviennent à se comprendre. "Pour ce qu'on a à faire, pas la peine de se parler", répond-il, visiblement surpris par ma question. Je lui demande alors comment il se sont rencontrés. "Ben à la boite, bien sûr". Nous apprenons ainsi que Jo, parallèlement à son job dans le quartier des affaires, est le gérant d'une boite de nuit dans les environs de la gare, un club très privé pour adultes.... Je constate mon mari ébranlé par la révélation. Jo qu'il me décrivait comme un gamin frileux, pudique et compléxé (je n'y ai jamais cru une seule seconde), se révèle soudain tenancier véreux de boite louche !  Jo, le mari aux quatre divorces, aux pensions alimentaires et aux enfants non reconnus, n'est en fait qu'un petit profiteur, un jouisseur à la morale élastique et aux sentiments frelatés.

J'ai envie de partir, de quitter cette table à l'argent facile, cette gamine à la blondeur suspecte, ce docteur Jeckill des beaux quartiers. Son magnifique loft m'apparaît soudain comme une supercherie, sa vie me donne la nausée...
Sentant mon malaise, mon mari me caresse doucement le poignet sur la nappe. Et ça me rend furieuse.  Je lui en veux de me traiter ainsi, avec l'attention inquiète qu'il porterait à un jeune chien fougueux. Intérieurement, je suis en état  d'ébullition. Mais bien élevée jusqu'au bout, je me contiens. Au moins jusqu'à ce que nous ayons franchi le seuil de l'appartement. C'est dans l'ascenseur que tout a dérapé...

Même si sur le fond, je sais que mon mari est en total accord avec moi, j'ai appris à mes dépens qu'on ne critique jamais une amitié d'enfance. Les souvenirs de jeunesse sont sacrés. Dans cette affaire, la "coupable" c'est moi, moi qui vois tout de travers, qui imagine ce que j'ignore, moi si prompte à la critique envers les autres mais si conciliante envers moi, moi qui ne m'intéresse aux autres que pour autant qu'ils me ressemblent, moi qui vis dans ma bulle sans accepter la différence. Egoïste et autiste. Et vlan !!!

Le retour fut difficile. Très vite, passé l'emportement, les excuses sont venues, pansement dérisoire sur une blessure inattendue. Je me regarde autrement soudain. Mon image déjà écornée gît en morceaux à mes pieds. Il va me falloir me baisser, ramasser chaque éclat, le dépoussiérer puis le recoller. Si j'y arrive. Et puis faire le tri des vérités et des excès de langage. Repenser mon rapport aux autres, à ceux que j'aime ou que je crois aimer. A ceux dont l'amour est réel ou posture. Mettre à plat ma vie. Regarder bien en face celle que je suis.

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lundi 26 octobre 2009

Lyon - épisode 1

Dernière semaine. J'ai la gorge un peu nouée. Tout est allée si vite entre ma décision de l'été et ce départ qui se précise....

Le week-end à Lyon n'a rien arrangé. Passer deux jours dans la ville des émotions de mes débuts, la ville de mes rêves scintillants de presque adolescente.... Tout alors me paraissait possible et le futur ressemblait un chemin dont l'issue si lointaine, si théorique en fait, devenait irréelle.   A quel moment les choses ont-elles basculé ? A quel moment me suis-je réveillée vieillie et mortelle, moi qui ne suis même pas encore grand-mère ?  Aux alentours de ma cinquantième année sans doute. Un peu avant, un peu après. Je ne sais plus. J'ai désormais appris à savourer chaque seconde. Mais l'arrière goût en est amer.

Dans son appartement des quais de Saône, ma belle-sœur avait bien fait les choses. "Cocktail party en toute simplicité" précisait le carton d'invitation. Fort heureusement, connaissant ma belle sœur et sa définition de la "simplicité", j'avais opté pour une tenue un peu élaborée. Les couples qui se pressaient dans son appartement (se tassaient serait un terme plus approprié, tant il y avait de monde) étaient pour la plupart très élégants, le punch et le champagne délicieux, les petits canapés originaux....et les fauteuils âprement disputés. Ce fut une soirée comme les aime ma belle sœur, brillante, mondaine et fort ennuyeuse à mon goût. Mon mari pouffait de rire en constatant que sa sœur n'avait pas changé malgré les années.

Comme l'atmosphère de l'appartement devenait irrespirable en dépit des fenêtres ouvertes et des climatiseurs, nous sommes descendus marcher le long des quais. Il faisait doux sous les étoiles. Mes vingt ans me rattrapaient au tournant, nostalgie et tendresse mêlées. La fougue des débuts de notre amour s'est estompée, c'est vrai, mais je crois que le sentiment qui habite notre cœur n'a jamais été aussi fort. Ma main fermement emprisonnée dans celle de mon mari, j'écoutais le battement du sang dans nos veines, calme et régulier pour moi, puissant et accéléré pour lui. J'aurais voulu poser ma tête contre sa poitrine, fermer les yeux, oublier le monde alentour. Je n'ai pas osé.

Nous sommes remontés prendre notre place à la soirée d'anniversaire. A l'entrée de l'appartement, une table accueillait les nombreux cadeaux. Le notre était une fabrication spéciale de l'Usine, une pièce unique et très belle qui a beaucoup plu à la reine de la fête et fait des envieux parmi les invitées. Ma belle soeur a été gâtée comme une princesse. Elle arborait d'ailleurs au poignet droit un bracelet (cadeau de son très pâle et très gentil époux) dont le cliquetis cristallin la précédait dans son périple nocturne, de groupe en groupe, de sourire en sourire, de coupette en coupette...

La nuit à l'hôtel fut courte. Dès le matin très tôt, nous avions décidé de nous offrir une longue promenade dans les rues du vieux Lyon, de Bellecour à Ainay, de Saint-Jean à Fourvière...

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vendredi 23 octobre 2009

Un prophète

Avant le grand marathon de cette fin de semaine (présentation du budget cet après-midi, dîner ce soir avec Grand Patron, quelques collègues et deux ou trois administrateurs, départ pour Lyon demain aux aurores...) j'avais envie d'une petite soirée-cinéma. On jouait encore "Un prophète" à la cinémathèque, mon mari souhaitait le voir, je me suis laissée tenter....

Las, trois fois hélas ! Passé le premier quart d'heure et le meurtre inaugural, j'ai sombré dans un ennui irrésistible. Ni le talent des acteurs, ni les rebondissements de l'histoire ne m'ont convaincue qu'il s'agissait là du grand film auquel les critiques voulaient offrir la palme de Cannes. Et comme le réalisateur n'a pas mégoté sur la durée, j'ai subi pendant deux heures trente l'histoire de ce jeune truand (il est détenu en Centrale tout de même, ce n'est ni l'oie blanche, ni l'enfant de chœur qu'on voudrait nous faire croire) qui se transforme finalement sans trop d'états d'âme en assassin, puis en caïd reconnu. Bien sûr on retrouve tout le petit quotidien carcéral qu'imagine notre cervelle innocente, les clans et leurs chefs entourés d'une armée de gros bras, les matons ripoux, les trafics sordides, le mensonge et la trahison, la roublardise en guise d'intelligence, le goût du fric facile et des deals en tout genre. Le tout sans affect ni émotion. Quant à suggérer que ce qui arrive au jeune truand n'est que la résultante d'un engrenage aussi impitoyable qu'une tragédie antique, c'est un cliché qui ne plaira qu'à ceux qui dénient à l'individu toute responsabilité sur ses actes... 

(Pour ceux qui souhaitent un tout autre éclairage, lire l'excellente critique de Dasola, ici)

 

un_prophete_affiche

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mercredi 21 octobre 2009

Avant de partir

Alors que la trésorerie de l'Usine repasse dans le vert, je me prépare à présenter le budget du prochain exercice aux membres du Conseil d'Administration. Les récentes dispositions concernant la fiscalité des entreprises sont vécues à court terme comme une bouffée d'oxygène. Dans le même temps, l'évolution de la parité euro-dollar constitue un frein sensible aux exportations. Nos tentatives d'implantation en Amérique du Sud et au Canada sont repoussées à plus tard. Ce sera le challenge de Jess....

Je suis heureuse de laisser en ordre budget, trésorerie et planning de commandes. Sauf catastrophe de dernière minute, la pérennité de l'Usine et de son personnel est assurée pour l'année à venir. Même si une part de mon coeur est triste de quitter cette entreprise à laquelle je me suis beaucoup trop attachée, je me sens sereine du travail accompli. Au soir du 30 octobre, je refermerai doucement la porte de mon bureau et j'en remettrai symboliquement la clé à Jess. Et c'en sera fini de ma vie à l'Usine. J'ai souhaité partir sans pot-apéro-cadeau. Je n'ai jamais aimé l'idée d'offrir à boire à des ouvriers qui prendront ensuite leur voiture pour rentrer chez eux. Et  puis pour être honnête, mon caractère s'accomode mieux d'un départ sans tambour ni trompette. Travailler jusqu'à la dernière heure, et puis le lendemain ne plus être là. C'est aussi simple que ça. D'ailleurs, à l'exception des cadres, je ne suis pas bien sûre que mon départ soit su de tous; et sa date encore moins. Et ça me plait bien....

Ce week-end, nous sommes invités à fêter les soixante ans de ma belle soeur. Une occasion de retrouver la ville où j'ai rencontré celui qui allait devenir mon mari. Je faisais à Lyon un stage de six mois en entreprise. Il était un ami d'un ami d'une amie..... Il m'a fait aimer sa ville, me l'a faite découvrir dans ses traboules les plus secrètes, ses jardins protégés, ses merveilles insoupçonnées. C'est à Lyon que je me suis mariée, là que j'ai appris à me mouvoir en société. Le quartier d'Ainay où nous habitions me semblait délicieusement surranné. Ma belle-famille me transmettait les codes d'un monde que j'ignorais.  Ce fut un temps d'apprentissage, une parenthèse qui transforma la chrysalide. Chaque fois que je reviens à Lyon, je dis merci dans mon coeur à cette ville pour tout ce qu'elle m'a apporté...

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dimanche 18 octobre 2009

Plusieurs vies en une

Il y a la vie réelle, celle de la famille, de l'Usine, des joies et des contraintes. Il y a la vie parallèle et secrète, celle qui fredonne depuis tant d'années sa mélodie dans ma tête, qui m'emporte  parfois dans le temps et l'espace vers un ailleurs plus calme, tendre et voluptueux. Et puis il y la vie rêvée, celle à laquelle j'aspire depuis toujours et pour laquelle je me prépare, tout en sachant ...

Tant de vies en une. Tant de vies où passé, présent et futur s'entremêlent, où l'imaginaire se mélange au réel, où les rêves ont la saveur sucrée de parfaits jours heureux. Dans mon cœur, vrais et faux souvenirs créent la toile chaude et douce dans laquelle je m'abrite les soirées un peu grises. Mes rêves sont  mon refuge, mon doudou de grande fille presque sage, les fils qui tiennent en équilibre la quinqua désormais chahutée par la vie.

Je me demande ce que deviendront ces vies lorsque ma mémoire s'effacera doucement. La vie parallèle prendra-t-elle tout l'espace au risque d'éclabousser ceux que j'aime, de ses geysers brûlants? A moins que mes rêves de solitude ne fassent le vide autour de moi. Comment savoir? Il y a la maladie bien sûr, mais aussi cette douleur lancinante venue du fond de mes entrailles, du fond de mon angoisse face à l'inconnue que je vais devenir et qui va ravager le futur de ceux qu'elle oubliera.

Mise au point du mardi 20: Je précise, face à l'incompréhension que soulève ce billet, qu'une vie parallèle n'est pas synonyme d'adultère et de trahison. Celà étant posé, je demeure stupéfaite par l'enfermement monolithique que suggère la vie en blogosphère...

Posté par Incertaine à 12:21 - l'eau de roses - Commentaires [6] - Permalien [#]

samedi 17 octobre 2009

Jess and me

Fondamentalement je crois être une fille plutôt sympa. Je n'ai aucun goût pour les coups tordus, les vacheries professionnelles ou les embrouilles familiales. Et à l'Usine, si l'on excepte mes relations difficiles avec "l'ouvrier sournois", je n'ai jamais rencontré de problème d'hostilité ou d'inimitié. Bien au contraire. Je déjeune souvent avec les uns ou les autres, en fonction des groupes qui se constituent, des sujets évoqués, des affinités de nos caractères...

En réalité, je n'imaginais pas, à quelques petites semaines de mon départ, être ainsi confrontée à une passation de fonctions aussi conflictuelle. Jess (Jeune Successeur) se montre quasiment odieux à mon égard. Et je ne m'y attendais pas. Charmant avec les autres, il se révèle à moi sous un tout autre jour. Suffisant, cassant, prétentieux, à un point que c'en est décourageant.

Les premiers jours, j'ai bien sûr pensé qu'il avait appris ma maladie et voyait en moi une handicapée de la cervelle, une sorte de "demeurée" sans grand intérêt pour asseoir sa carrière débutante. Inquiète de mes propos (il m'arrive parfois, rarement en fait, de me répéter), j'ai enregistré à son insu nos conversations avec mon petit dictaphone numérique. Aucun problème de ma part. Éliminant cette hypothèse, je cherchais d'autres mobiles à une si détestable attitude.  Besoin de trouver très vite ses marques, excessive confiance en lui, inconscience prétentieuse de la jeunesse ?  Je ne saurai peut-être jamais et au fond, je m'en moque. Ce que je désire, c'est que Jess s'intègre vite et bien à l'Usine et qu'il réussisse dans son travail qui fut une partie du mien  (et qui l'est encore pour quelques jours).

Mon mari qui entendait de loin des extraits de l'enregistrement (rien de confidentiel, je le précise) m'a conseillé de moucher très vite ce gamin mal élevé. Ce que je me suis résolu à faire. Un peu à contre cœur tout de même.

C'est ainsi qu'hier après-midi, au prétexte d'assurer les présentations de mon successeur à notre plus gros client local, j'ai organisé une rencontre avec celui que je sais être le plus désagréable, le plus cassant et le plus exigeant de nos interlocuteurs. Résultat garanti au delà de mes espérances. Jess a tout compris d'un coup : que nous travaillons avec des patrons de PME dont la qualité de raisonnement et les exigences sont souvent au moins égales à celles de responsables de multi nationales; que j'étais largement à la hauteur de mon poste et que j'étais appréciée plus qu'il ne l'imaginait; qu'il lui faudrait faire ses preuves sans attendre la moindre indulgence de leur part.

Dans la voiture du retour (car bien sûr j'avais organisé la rencontre chez nos clients pour mieux le destabiliser), le pauvre Jess avait perdu beaucoup de sa superbe. Sa confiance en lui avait fondu en une après-midi, et il m'a longuement interrogée sur des tas de sujets qui jusqu'alors lui paraissaient dérisoires. Je sens qu'on va enfin pouvoir se mettre au travail !!!

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vendredi 16 octobre 2009

Rose et noir, etc...

Je n'en parle pas très souvent, parce que beaucoup de blogs le font, et d'une manière souvent presque professionnelle; pourtant je continue d'aller au cinéma au moins une ou deux fois par semaine. Avec toujours beaucoup de plaisir. Parfois ce sont d'excellents films (selon moi, bien sûr), tel ce difficile "Le dernier pour la route" qui m'a impressionnée par son élégance à traiter d'un sujet en France quasi tabou. D'autres fois ce sont d'invraisemblables navets qui ne doivent leur mini succès qu'au nom connu et reconnu de l'acteur principal.

Hier, je suis allée voir "Rose et noir", un titre idiot pour un film qui ne l'est pas. Souvent lourd, il enfonce le clou avec une innocente maladresse ;  proche de la grosse farce il sombre parfois dans la vulgarité gratuite. Mais globalement, c'est un bon divertissement. Et puis, à la vérité, ce qui me marque le plus, c'est de constater combien en vieillissant, chacun (ou presque) des acteurs de l'équipe du Splendid, a su trouver sa voie, se faire un nom, se tracer une route qui n'appartient qu'à lui. Et combien chacun a quitté ses habits de comique pour un costume à sa mesure, souvent bien plus sérieux.
Cette gravité du propos que l'on perçoit sous le masque rieur était-elle déjà là à leurs débuts, donnant par avance un je-ne-sais-quoi de plus à leur talent débutant, ou l'on-t-il acquise avec la maturité ? Personnellement j'opte sans hésiter pour la première solution. Parce qu'il m'est toujours apparu que les jeunes imbéciles d'un jour font les imbéciles heureux du lendemain.

Sans doute, au fil des ans, ne devenons nous "que" ce que nous sommes tout au fond de nous. Avec les années, les caractères s'accentuent, se précisent. Certains traits s'affinent tandis que les lignes fondamentales s'inscrivent en gras. Ce n'est que dans ma cinquième décennie que j'ai enfin découvert celle que je suis vraiment, osant exprimer sans culpabilité mes faiblesses, retrouvant dans les traits familiaux, tels ou tels qui me furent légués et dont les évènements de ma vie permirent l'expression. Et que je sais avoir à mon tour transmis à mes enfants. 

Je suis encore une fois taraudée par cette idée du fil qui relie par delà les siècles les porteurs de petits bouts de patrimoine commun, cette idée trop humaine de la transmission dont je sens bien qu'elle se délite au rythme des générations...

Rose_et_Noir_affichette

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mercredi 14 octobre 2009

Les choses futiles

Je me rends compte qu'en vieillissant je deviens de plus en plus frivole. Enfin, ce n'est pas tout à fait ça. Je devrais plutôt dire que je me fais de plus en plus souvent des petits plaisirs qu'autrefois je me serais refusés. Rien de très important pourtant: un petit pull, une tunique, une veste de laine; le tout achété dans la galerie marchande de mon supermarché, made in China, hélas.

Dans la voiture, sur le chemin du retour, je me disais qu'au fond je suis en train de préparer ma vie après l'Usine. Changer de style, changer d'activité, changer de rythme. Quitter mes jolis tenues "professionnelles" pour des vêtements moins fragiles, moins délicats, moins onéreux aussi. Réflechir à ce style zenisant qui me plaît tant et depuis si longtemps. Et qui s'harmonisera parfaitement avec ma nouvelle formation. En échappant aux contraintes du travail, je pourrai sans doute me permettre ces originalités vestimentaires qui auraient parues déplacées à l'Usine. Et puis je rêve de changer de coiffure....

Depuis ma première session de formation, au début du mois, je m'accorde une heure de révision chaque soir. J'en ressort heureuse et apaisée. Jamais je crois, je n'ai été si près d'être moi-même !

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mardi 13 octobre 2009

lectures récentes

Je devrais faire systématiquement un petit résumé des livres que je suis en train de lire. Faute de quoi ne surnage dans ma mémoire qu'une vague impression de plaisir ou d'ennui.
Ces quatre livres sont les plus récentes de mes lectures:


brocard fascination

ce_que_le_jour aicha


- Aïcha m'a fait comprendre plus de choses que bien de beaux discours,

- Brocard est un petit bijou de la littérature japonaise, ce style si particulier qui donne une impression de vies au ralenti, ordonnées et paisibles malgré les tourmentes. Tout se joue pourtant dans une réflexion par petite touches, pudique, délicate...

- ce que le jour doit à la nuit, le nouvel opus de Yasmina Khadra, une lecture violente pour la "pied noir" que je suis,

- fascination, le premier des quatre volumes de la série "twilight", que ma fille m'a conseillé. Je n'y croyais pas, et pourtant... Je me suis laissé prendre par cette histoire de vampires pas si ordinaires que ça. Seul regret: l'écriture (ou la traduction) est détestable, ce qui gâche le plaisir des descriptions de premières pages.

Posté par Incertaine à 19:16 - toiles et velins - Commentaires [5] - Permalien [#]
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